Quant aux ouvriers habiles et aux artisans adroits, ils doivent respecter les règles de leur métier.
« Ouvriers » et « artisans » désignent tous deux les gens de métier, tels les divers personnels techniques de l’industrie. « Habile » évoque un travail soigné ; « adroit », une habileté remarquable. Les « règles » sont les normes et les méthodes à respecter. Cela signifie que ceux qui ont appris un savoir-faire doivent suivre les règles transmises par leur maître et ne doivent en aucun cas s’adonner à la débauche et aux plaisirs sexuels.
Certains désobéissent aux recommandations de leur maître et conviennent en secret d’un rendez-vous pour passer la nuit à l’auberge ; sourds aux conseils de leurs amis, ils aspirent soudain aux plaisirs sous la lune.
Les « recommandations du maître » sont celles du maître qui enseigne un métier et qui, dès le début, avertit son apprenti de ne pas rechercher la débauche et les plaisirs sexuels. « Désobéir » signifie ne pas suivre ces conseils. « Convenir en secret » consiste à inviter secrètement la femme d’un autre à se retrouver dans une auberge ou une pension pour y avoir une relation sexuelle illicite. Ses amis lui conseillent de ne pas se débaucher, mais il ne les écoute pas non plus et tient à aller séduire la femme d’autrui au clair de lune.
Si gracieuse et délicate que soit la femme, elle échappe difficilement au filet de fer ; devant son visage de fleur et de lune, ils lancent leur hameçon de métal.
Une « femme gracieuse » est une belle jeune femme. Une « femme délicate » est une femme à la douceur tendre. Un « visage de fleur » est un visage aussi beau qu’une fleur ; un « visage de lune » est un visage d’un blanc de poudre, comme la lune. Le « filet de fer » est un filet fait de fils de fer : les oiseaux et les bêtes qu’il prend ne peuvent s’enfuir. L’« hameçon de métal » est un crochet forgé dans le cuivre ou le fer : les poissons et les tortues qui y sont pris ne peuvent partir. Cela signifie que les femmes chastes sont souvent prises au piège par des libertins, qui tantôt ourdissent des stratagèmes pour les capturer, tantôt les attirent avec de l’argent. Il arrive fréquemment qu’elles tombent dans leurs pièges, soient sexuellement déshonorées et perdent leur réputation de vertu. Y songer inspire une haine à faire grincer des dents.
La jeune épouse, accablée de honte, songe à se pendre à une poutre ; la belle jeune femme, déshonorée, se résout à se jeter dans une rivière.
Une « jeune épouse » est une femme mariée encore jeune ; une « belle jeune femme » désigne une jeune femme dont le visage est fardé de rouge. Une fois sexuellement déshonorées et privées de leur réputation de vertu, elles n’osent plus se montrer. Il arrive souvent qu’elles se pendent à une poutre ou se noient en se jetant à l’eau, simplement pour échapper aux moqueries et aux insultes d’autrui.
Leur souffle malfaisant ne se dissipe pas : elles vont pleurer leur plainte à la Porte des fantômes. Leurs âmes lésées ne se dispersent pas : elles viennent déposer leur requête au tribunal de l’au-delà.
« Pleurer sa plainte » signifie exposer son affaire en pleurant. « Déposer une requête » signifie présenter une plainte écrite. La « Porte des fantômes » est le poste d’entrée de l’administration de l’au-delà. Le « tribunal de l’au-delà » est le siège du roi de l’au-delà. Cela signifie que les femmes sexuellement déshonorées meurent de honte sans pouvoir accepter leur mort. Toute l’injustice qu’elles portent en elles se condense d’abord en un souffle de rancœur, puis devient un souffle malfaisant. Elles veulent à tout prix se changer en spectres vengeurs pour saisir vivant l’homme coupable de la faute sexuelle et assouvir leur haine. Si elles ne pleurent pas leur plainte à la Porte des fantômes et ne déposent pas leur requête au tribunal de l’au-delà, afin que le roi de l’au-delà les autorise à se venger, comment ce souffle malfaisant pourrait-il se dissiper ? Comment cette injustice pourrait-elle être reconnue ? Dans de telles vengeances, le fantôme lésé pousse parfois l’homme à se pendre ou à se suicider ; parfois, il le frappe à mort, de sorte qu’il meurt en saignant par les sept orifices de la tête. On trouve de nombreux témoignages de ce genre dans les recueils de faits extraordinaires survenus aux examens impériaux au fil des dynasties.