La protection de la vie découle de la place accordée aux êtres sensibles dans la continuité de l’existence. Le précepte de ne pas tuer porte sur le fait de retirer la vie, mais le livre élargit aussi l’attention aux activités que l’on encourage ou dont on tire profit. L’animal blessé ne devient pas sans importance parce que l’activité est considérée comme un divertissement. Cette idée explique les développements consacrés à la pêche et à sa promotion.
Le mot « protéger la vie » comprend le mouvement positif de secourir. Le livre parle de sauver, de nourrir, d’aider et de libérer des êtres menacés. La libération d’animaux est une pratique particulière au sein de cet ensemble plus large. Son intention est de soulager un être vivant et de former une relation de bienveillance. La valeur mise en avant vient de cette attention à la vie de l’autre, plutôt que du seul accomplissement d’un geste rituel. Elle rejoint la générosité envers les personnes pauvres, isolées ou en difficulté.
3.9 La reconnaissance et le soin des proches
La piété filiale, appelée xiao, commence par la reconnaissance des soins reçus. Dans le livre, elle engage la façon de nourrir, de respecter et d’accompagner les parents, mais aussi la manière de ne pas leur apporter volontairement de souffrance. La reconnaissance s’étend aux maîtres et à ceux dont l’aide a rendu une vie possible. Elle lie une mémoire du bien reçu à des actes présents.
La droiture ne dépend pas uniquement de la présence d’un témoin. Le terme « vigilance dans la solitude » rappelle que la conduite conserve sa valeur lorsque personne ne regarde. Il rejoint l’attention portée à la pensée, à la parole et à l’usage des ressources. Cette continuité entre ce que l’on montre et ce que l’on fait réellement donne un contenu à la sincérité. Le soin des proches n’est pas seulement une image familiale honorable : il se vérifie dans la patience, les besoins auxquels on répond et les blessures que l’on s’abstient d’infliger.
3.10 Les relations humaines et les vertus
Le vocabulaire moral chinois relie certaines qualités aux relations dans lesquelles une personne vit. Les cinq relations comprennent celles du souverain et du sujet, du père et du fils, des époux, de l’aîné et du cadet, ainsi que des amis. Elles renvoient à une organisation historique des responsabilités. Les cinq vertus constantes nomment la bienveillance, le sens du juste, le respect des rites, le discernement et la fiabilité. Les premières décrivent des relations ; les secondes, des qualités attendues dans la conduite.
Les séries de huit vertus varient selon les textes. Une liste associe piété filiale, respect fraternel, loyauté, fiabilité, convenances rituelles, justice, intégrité et sens de la honte morale. Une autre réunit loyauté, piété filiale, bienveillance, amour, fiabilité, justice, concorde et paix. La variation appartient à leur transmission. Ces séries éclairent les expressions de Yinlü wuqing sans constituer chacune un système séparé. Elles précisent comment le bien peut se traduire dans la famille, les responsabilités publiques et les relations ordinaires.
3.11 Les liens familiaux à travers les vies
Les expressions « rendre une bienveillance », « répondre à une rancune », « réclamer une dette » et « rembourser une dette » décrivent, dans le langage du livre, différentes origines possibles d’une relation familiale. La dette ne se limite pas à une somme d’argent. Elle peut concerner des soins, des bienfaits, un préjudice ou une vie. Ce vocabulaire exprime des liens qui ne sont pas considérés comme épuisés par la mort.