L’ouvrage décrit par ailleurs les êtres éveillés comme capables d’agir librement par leurs vœux, sans être emportés de la même façon que les êtres ordinaires par une renaissance subie. Cette liberté de la pratique n’est pas le pouvoir de rendre arbitrairement le mal sans conséquence. Le principe demeure valable jusque dans l’administration du monde souterrain : le récit du souverain des enfers lui attribue lui-même une rétribution quotidienne liée à la part de vengeance mêlée à un vœu ancien. Une fonction élevée ne supprime pas la nature des causes formées.
2.11 Changer les conditions sans abolir la loi
Une loi constante peut permettre des résultats différents lorsque les conditions changent. C’est le point sur lequel insiste la postface : avant la maturation d’un fruit, la transformation de la conduite peut agir sur les conditions qui y conduisent. Le repentir, l’arrêt d’une action nuisible et la pratique du bien participent eux aussi à la causalité. Ils ne viennent pas de l’extérieur pour interrompre une règle devenue gênante ; ils modifient ce qui est effectivement en train de se former.
La portée d’un changement demande néanmoins de regarder la situation entière. Une parole peut être retirée alors que ses effets circulent encore ; une œuvre peut continuer d’être diffusée après que son auteur a cessé d’en produire. L’intention nouvelle compte, mais la souffrance déjà provoquée et la persistance de certaines causes comptent également dans les réponses du livre. La transformation ouvre donc une voie réelle sans effacer par simple déclaration toute l’histoire d’une action. Elle engage à ne plus ajouter de mal et à favoriser le bien qui peut désormais être accompli.
2.12 La responsabilité de l’avenir
La causalité prend ainsi un sens actif. Le passé a déjà participé à la vie présente, mais il n’accomplit pas à notre place les gestes d’aujourd’hui. Chaque parole, chaque usage d’un bien et chaque réponse donnée à une difficulté peuvent prolonger une habitude ou commencer à la modifier. Le livre ne réserve pas cette possibilité à une élite religieuse. Il invite chacun à reconnaître ce qu’il nourrit et à prendre part, par sa conduite, à la formation de son avenir.
Cette responsabilité n’exige pas de prétendre connaître l’ensemble des vies antérieures d’autrui. La démarche de l’ouvrage s’adresse d’abord à l’examen de ses propres intentions et de ses propres actes. L’aide aux êtres qui souffrent fait elle-même partie des causes bonnes à cultiver. Comprendre la loi doit donc rendre plus attentif à ce que l’on fait et plus disposé à secourir, non fournir une formule sommaire pour résumer la vie d’une autre personne. Le travail commence dans les relations et les décisions ordinaires.
3. Les actes de la vie quotidienne
3.1 Le corps, la parole et l’esprit
La conduite quotidienne peut être comprise selon trois dimensions : ce que l’on fait avec le corps, ce que l’on dit et ce que l’on entretient dans l’esprit. Le livre les appelle les trois formes d’action. Cette division élargit l’attention morale. Une main peut secourir ou blesser ; une parole peut informer ou tromper ; une intention peut préparer un geste généreux ou favoriser une conduite nuisible. L’action visible ne commence pas toujours au moment où quelqu’un la remarque.