Quitter un lieu de peine et ne plus former les causes d’un retour sont cependant deux questions. La première concerne la condition présente ; la seconde, la transformation durable de la conduite. Le livre raconte qu’un être revenu dans le monde humain peut encore rencontrer d’anciennes habitudes et commettre de nouvelles fautes. La libération d’une peine devient donc une occasion de pratiquer. Pour que la direction change profondément, la reconnaissance de l’erreur doit se prolonger dans la façon de penser, de parler et d’agir. C’est ce travail que désigne le repentir sincère.
5. Le repentir et la transformation de la conduite
5.1 Reconnaître une erreur
Le repentir commence par une reconnaissance. Une action jusque-là justifiée, minimisée ou attribuée aux circonstances est regardée avec davantage de vérité. La personne admet ce qu’elle a fait et la place de sa propre intention dans l’événement. Cette reconnaissance n’est pas seulement l’acceptation d’un jugement extérieur. Elle atteint le sens donné à l’acte : ce qui paraissait un avantage, une victoire ou un plaisir apparaît désormais avec la souffrance et le désordre qu’il a produits.
Yinlü wuqing insiste sur ce passage parce qu’une conduite peut difficilement changer tant qu’elle demeure tenue pour juste. La volonté d’avoir raison à tout prix, le refus de recevoir une remarque et l’habitude de rejeter la faute sur autrui entretiennent les mêmes causes. Les reconnaître ouvre une autre possibilité de réponse. Le repentir ne demande donc pas uniquement de se souvenir d’un fait ; il engage à revoir la manière dont on l’a voulu, accompli et prolongé.
Le livre rapporte des êtres qui finissent par reconnaître la cruauté de leurs paroles ou de leurs actes après avoir longtemps défendu leur conduite. La faute qu’ils attribuaient aux autres leur apparaît enfin dans leur propre comportement. Ils commencent à voir le tort causé, et non seulement l’inconfort de ses conséquences pour eux-mêmes. Cette lucidité est encore un commencement, mais elle rend possible ce qui ne l’était pas tant que l’acte restait approuvé intérieurement.
5.2 La peur de souffrir et le regret sincère
La peur et le repentir peuvent être proches dans l’expérience, mais ils ne désignent pas exactement la même chose. La peur cherche d’abord à écarter ce qui fait souffrir. Le repentir reconnaît ce qui, dans sa propre conduite, a contribué à la souffrance et veut ne plus le produire. On peut désirer très fortement une amélioration de sa situation tout en conservant l’intention qui a conduit à la faute.
Un passage sur l’enfer Avīci formule nettement cette différence. Dizang explique qu’une personne dit vouloir changer, mais qu’elle souhaite encore surtout quitter la douleur ; la sincérité de sa transformation n’est pas arrivée à maturité. Il annonce qu’une aide pourra intervenir lorsque sa disposition aura changé. Le passage maintient ainsi l’espoir, tout en refusant de confondre une demande pressante avec un changement déjà accompli.
Cette distinction donne au mot « sincère » un contenu. Il ne s’agit pas de mesurer la force d’une émotion ni l’intensité d’une supplication. La question est de savoir si la personne cesse intérieurement d’approuver la conduite mauvaise et si elle veut réellement une autre manière de vivre. Les larmes peuvent accompagner cette prise de conscience, mais elles ne la remplacent pas. La suite de la conduite en manifeste la portée.