Cette perspective donne une direction à la pratique du lecteur : reconnaître le bien possible et ne pas ajouter de cruauté à la souffrance. Le livre parle d’aider les pauvres, les personnes isolées et les animaux, ainsi que de soutenir les êtres invisibles par une pratique dédiée. Ces objets différents d’aide se rejoignent dans une même volonté de soulagement. La reconnaissance de la responsabilité personnelle peut ainsi rester accompagnée d’une attention généreuse à la vie d’autrui.
8.7 La fidélité à une direction
Un changement devient durable lorsqu’il est repris dans les décisions successives. Une parole juste aujourd’hui n’accomplit pas d’avance toutes les paroles de demain ; elle peut cependant former le commencement d’une manière plus fiable de répondre. La répétition de la pratique, le maintien des engagements et l’attention aux occasions de faute donnent une continuité à la résolution.
L’ouvrage ne demande pas seulement un moment d’enthousiasme. Il parle d’apprendre, de reconnaître les manquements et de reprendre une conduite bonne sans organiser volontairement de nouvelles fautes. La persévérance n’est donc pas l’idée que chaque journée sera identique. Elle est la fidélité à une direction au milieu de conditions changeantes. Le vœu permet de la nommer ; les actes répétés lui donnent une existence. Ainsi, le souci d’une vie future meilleure reste relié à ce qui est réellement pratiqué maintenant.
8.8 Lire un livre d’exhortation au bien
Yinlü wuqing appartient à la tradition des livres chinois d’exhortation au bien, souvent désignés par le mot shanshu. Il associe des récits de visites, des réponses de magistrats, des citations bouddhiques, des textes de conduite et des invitations à diffuser l’enseignement. Son autrice, Shangguan Yuhua, appelée Ayu, présente ses descriptions comme le fruit de visites conscientes soutenues par la pratique et l’aide des bouddhas. Leur intention déclarée est de faire connaître les conséquences des actes pour encourager un changement dans la conduite.
Les voix restent identifiables : une préface ne possède pas le même auteur qu’un dialogue, une citation de sūtra n’est pas une note explicative et un texte ajouté n’est pas nécessairement une phrase de l’autrice. Les titres demandent une attention semblable. Certains nomment des sūtras entiers, d’autres une section, un commentaire, un poème, une notification ou un lieu. Ces repères permettent de poursuivre la lecture avec précision, sans donner à toutes les pages la même origine.
Plusieurs héritages se rencontrent dans cette écriture. Les relations familiales et les vertus renvoient notamment à la tradition confucéenne ; les préceptes, les renaissances et les vœux de délivrance au bouddhisme ; certains titres célestes et offices divins aux traditions taoïstes et aux cultes locaux. Leur présence sur une même page donne au livre son langage particulier. Elle ne fait pas disparaître les différences de fonction entre une vertu sociale, un engagement de pratique et une charge divine.
L’autrice distingue ses visites de l’écriture par planchette, appelée fuji, de la possession et du rêve. L’écriture par planchette est présentée comme une pratique de réception de messages attribués à des puissances spirituelles. Yiguandao et Tiandao désignent, dans les passages où elle les cite, d’autres milieux religieux dont elle sépare sa propre démarche bouddhique. Ces appellations situent son témoignage ; elles ne désignent ni une technique unique commune à toutes ces traditions ni le genre de tous les livres d’exhortation.
Les noms et les désignations demandent la même attention aux personnes auxquelles ils renvoient. Jushi désigne un pratiquant bouddhiste laïc ; fashi un maître du Dharma ; shixiong un condisciple dans un usage de respect qui peut aussi s’appliquer à une femme. Les initiales comme BLX et les signes XXX gardent l’anonymat adopté par le texte. Un pseudonyme religieux, un nom civil et une formule d’humilité telle que « celui qui étudie après les autres » remplissent des fonctions différentes dans les signatures et les dialogues.