Les bouddhas et bodhisattvas sauvent les êtres sensibles comme l’océan ne se sépare jamais de ses vagues : sans interruption, une pensée succédant à l’autre, une vague succédant à l’autre. Puissent tous les êtres sensibles du monde en prendre pleinement conscience, accomplir leurs devoirs, observer les cinq préceptes pour conserver une existence humaine, préserver leur pureté et se respecter. Puissé-je, humble pratiquante, m’inspirer moi aussi de la grande compassion des bouddhas et bodhisattvas et servir une multitude d’êtres sensibles sans sommeil ni repos. Hier, grâce à la puissance du Bouddha, je me suis de nouveau rendue dans les enfers.
Je me prosterne avec gratitude pour le soutien du pouvoir du Bouddha ! Il me suffit de réciter une fois le nom du Bouddha pour arriver dans les enfers de souffrance. Sans le soutien du pouvoir du Bouddha et le cercle de lumière qui m’entoure, je serais certainement très épuisée. Les champs magnétiques négatifs des enfers déferlent sans interruption, comme s’ils renversaient les montagnes et soulevaient les mers. Dans le monde humain, s’il pleuvait pendant sept jours de suite et que l’on attrapait en plus un rhume sous ce ciel couvert, beaucoup de gens, j’en suis sûre, diraient déjà que c’est très pénible : chaque jour, une pluie grise, la maladie, la tête lourde et les jambes flageolantes, et malgré tout il faut aller travailler. En réalité, les souffrances des enfers sont au moins des centaines, voire des milliers de fois plus grandes que celles du monde humain, et elles ne s’interrompent jamais. J’entends des cris perçants, des gémissements de douleur ! Suivons ces sons pour aller voir !
Ah ! De nombreux esprits masculins entièrement nus sont enlacés par des serpents à deux têtes, d’apparence molle, qui émettent une lueur de flammes rougeoyantes. Ce que voient ces esprits masculins, ce sont de belles femmes qui les caressent. Mais dès qu’un serpent à deux têtes touche les organes génitaux d’un esprit masculin, il les tranche aussitôt d’une morsure. L’esprit hurle de douleur et perd connaissance. Le serpent à deux têtes souffle alors une fois sur lui : il reprend immédiatement conscience, et ses organes génitaux mutilés retrouvent soudain leur intégrité. Le serpent émet de nouveau sa lueur de flammes rougeoyantes, et la scène douloureuse se répète. Je ne veux vraiment plus regarder ; comme mon cœur est bouleversé !
Il y a ici de nombreux esprits masculins de ce genre, et tous subissent ces grandes souffrances. Je vais interroger le magistrat de l’au-delà : pourquoi subissent-ils cette rétribution ? Il me répond qu’il s’agit de l’une des rétributions infernales réservées à ceux qui aimaient se masturber de leur vivant. La rétribution des serpents de feu à deux têtes dure 10 000 ans, mesurés selon le temps des enfers ! C’est l’une des mauvaises rétributions de la masturbation ordinaire.
Il existe encore une autre mauvaise rétribution de la masturbation, qui doit être subie pendant 20 000 ans. Ceux qui, de leur vivant, recherchent des stimulations sensorielles au moyen de glace, d’eau tiède, de piment, de lubrifiants ou d’autres choses, ou encore d’objets qu’ils affectionnent, pour se livrer eux-mêmes à la masturbation et à l’inconduite sexuelle ou pour les enseigner à autrui, entreront à leur mort dans cet enfer des Cinq Niveaux de glace et de feu.
Je demande pourquoi la masturbation est punie si sévèrement, au point que même les fautes légères valent 10 000 ans.
Le magistrat de l’au-delà explique que la masturbation nuit particulièrement au corps et corrompt la vertu, qu’elle épuise les trois trésors du corps humain — l’essence, le souffle vital et l’esprit — et qu’elle constitue aussi un grave manquement à la piété filiale envers ses parents. C’est comme le suicide : même sans porter atteinte à autrui, se tuer revient toujours à ôter une vie ; voilà pourquoi la peine est lourde. Les êtres qui aiment se masturber le font généralement à une fréquence élevée et commettent souvent cette faute. De leur vivant, une première masturbation réduit leur durée de vie et leurs bénédictions d’un demi-mois ; la deuxième les réduit d’un mois. À la fin de leur vie, ils sont jetés en enfer pour y subir leur rétribution. S’ils se repentent avec ferveur de leur vivant, ils pourront peut-être échapper aux souffrances d’une entrée en enfer après leur mort ; il faut en juger selon chaque cas concret.
Le magistrat de l’au-delà me demande si je souhaite visiter l’enfer des Cinq Niveaux de glace et de feu. Je me dis que ce serait bien d’aller voir.
Ici, c’est encore bien plus cruel que dans l’enfer des Serpents de feu à deux têtes. Il y a beaucoup d’instruments, ou plutôt beaucoup d’instruments de supplice. Ils sont transparents, légèrement blanchâtres, de forme arrondie et pointue. Ils paraissent extrêmement glacés et acérés. Dès qu’ils touchent un esprit masculin, son organe génital gèle, se brise et vole en éclats ; aussitôt brisé par le gel, il se reconstitue.
Après le supplice de la glace, vient aussitôt, sans interruption, la rétribution de l’écrasement par une montagne de feu. Cet écrasement punit ceux qui, lorsqu’ils se masturbaient ou se livraient à l’inconduite sexuelle, aimaient utiliser de l’eau tiède, du piment ou d’autres choses semblables pour stimuler leur désir. Un instrument de supplice rouge feu, semblable à une petite montagne, fond de face sur l’esprit masculin. Il semble fait sur mesure : une attache se trouve exactement à l’endroit de l’organe génital, qu’elle comprime et brûle jusqu’à le sectionner. Partout retentissent encore des cris de douleur et des gémissements ; les esprits perdent connaissance. Puis, sous l’effet de la force karmique, les esprits reprennent conscience et leurs corps se reconstituent, avant de subir à nouveau le même cycle. Que de souffrances, que de misère !