Après l’avoir rapporté chez moi, je l’ai relu attentivement et l’ai trouvé vraiment très bon. Les expériences que j’avais vécues au fil des années m’avaient montré qu’il en était bien ainsi : les conséquences de l’inconduite sexuelle sont réellement mauvaises et effrayantes. Je me suis dit qu’il serait bien d’en apporter encore un lot dans un lieu de pratique de Kṣitigarbha de la région, pour que davantage de personnes puissent le lire. Ce ne fut qu’une idée passagère, à laquelle je n’ai pas accordé d’importance. J’ai vaqué à mes occupations, mangé et dormi. Mais cette nuit-là, j’ai fait un rêve : je portais une pile de livres vers le Dizang Tanlin, tandis qu’une voix me disait : « Si tu apportes une pile d’exemplaires des Lois inflexibles de l’au-delà au Dizang Tanlin, tu obtiendras la vie éternelle. » Au réveil, j’ai trouvé cela étrange et assez intéressant : une simple idée dans la journée, que j’avais moi-même oubliée, et voilà que j’en rêvais ainsi ! Qu’était donc cette vie éternelle ? Quoi qu’il en soit, apporter une pile de ces livres au Dizang Tanlin était une bonne action ; autant la faire ! Une fois au travail, j’ai trouvé sur l’ordinateur le blog de Shangguan Yuhua, puis le site Shanxin Lianxin Zhengfa Shenghuo. Mais, comme si les bonnes actions devaient se heurter à bien des obstacles, le certificat de ma banque en ligne avait expiré. En plus des Lois inflexibles de l’au-delà, j’avais aussi demandé des ouvrages que je cherchais depuis longtemps sans les trouver, dont la Précieuse liturgie de repentir de Kṣitigarbha compatissant ; le livre Les lois inflexibles de l’au-delà était distribué gratuitement. Or, je n’arrivais pas à renouveler le certificat : l’heure n’était jamais synchronisée. Malgré plusieurs échanges et essais avec le service clientèle de la banque, le problème persistait. Nous travaillions dans une zone industrielle, loin du centre-ville pendant la journée ; les tentatives répétées étaient assez pénibles. Ce n’était pourtant pas à cause de ce rêve : sur le moment, je ne l’avais vraiment pas pris au sérieux. Je pensais simplement que, puisque je voulais faire une bonne action, je devais m’armer de détermination pour l’accomplir et ne pas abandonner à la première difficulté. Je me suis donc rendu spécialement à l’agence bancaire en ville pour renouveler le certificat. De retour au bureau, j’ai enfin réussi à régler le problème et demandé trois cartons de livres, comprenant Les lois inflexibles de l’au-delà, l’édition de morceaux choisis du Recueil La Lampe de la rive de sagesse (Hui’an mingdeng), la Précieuse liturgie de repentir de Kṣitigarbha compatissant, entre autres. À leur arrivée, j’en ai apporté une pile au Dizang Tanlin. Je n’avais pas accordé d’importance à mon rêve précédent, je ne l’avais même pas vraiment cru et l’avais presque oublié : je voyais simplement cela comme une bonne action à accomplir. Mais cette nuit-là, j’ai fait un autre rêve. Deux personnages avaient l’allure d’agents officiels : leurs visages avaient des teintes rouges et noires, leurs fronts étaient sillonnés de rides, leurs faces plutôt carrées. Ils ressemblaient extraordinairement aux agents de l’administration de l’au-delà représentés dans le Précieux recueil du Calendrier de jade. On voyait d’emblée qu’ils n’étaient pas des gens du monde des vivants. Ils n’avaient ni souplesse ni chaleur familière ; ce qui se dégageait d’eux était l’« impartialité » et l’« absence de sentiment ». Il semblait qu’aucune affection ne pût les émouvoir et qu’ils ne fissent qu’appliquer équitablement leur devoir. Il y avait aussi un personnage qui semblait administrer les lieux — je ne savais pas s’il s’agissait du dieu du Sol ou du dieu du Foyer. Les deux agents m’ont remis une grande feuille entièrement couverte, ligne après ligne, de faits me concernant. À l’extrême gauche de chaque ligne figurait mon nom, écrit très clairement ; à droite se trouvaient les mentions consignées. Devant eux trois, j’ai commencé à déchirer ce document en bandes, mais le papier paraissait solide et se déchirait difficilement. À ce moment, celui qui semblait être l’administrateur local a invité les deux agents à s’écarter pour discuter de quelque chose. Je continuais à déchirer le papier. Peu après, ils sont tous revenus et m’ont demandé d’y mettre le feu pour le brûler entièrement, comme s’ils voulaient dissiper à jamais mes inquiétudes. Quand tout fut brûlé, les deux agents se sont levés et m’ont regardé une fois, avec toujours cette expression strictement officielle, dépourvue de toute possibilité de familiarité ou d’arrangement, puis ils sont partis. Je me suis réveillé : quelle étrangeté ! J’avais fait un tel rêve ; une scène si réelle venait de se produire. Je ne connais pas les secrets des trois mondes ni toute la profondeur de la vérité des six voies de renaissance, et je n’osais pas en parler. Mais j’ai compris que le livre Les lois inflexibles de l’au-delà était bel et bien lancé par l’administration de l’au-delà, qui bénissait sa diffusion. Cette administration tient vraiment ses promesses : sa parole vaut de l’or et elle fait ce qu’elle dit. Le livre Les lois inflexibles de l’au-delà dit : « Quiconque soutiendra les lois de l’au-delà s’élèvera au paradis et verra son nom rayé des registres de l’enfer. » Et il en est vraiment comme le dit ce livre : « Ne croyez pas qu’un acte très privé passe inaperçu : la moindre pensée bonne ou mauvaise est directement inscrite dans le registre du bien et du mal tenu par l’administration de l’au-delà. »
Je pensais que l’histoire s’arrêterait là. Je ne m’attendais absolument pas à revoir cet agent peu après. Cette fois, ce n’était pas lui qui venait : c’était moi que l’on avait appelé en bas. Il faut reprendre depuis le début et raconter d’abord un épisode. Il y a deux ans, je m’étais rendu au mont Jiuhua et logeais au temple Xitian. Dès que je me suis installé, je suis allé rendre hommage au Bouddha dans la grande salle. Après m’être prosterné, je me suis relevé et sortais lorsqu’une vénérable moniale âgée, assise derrière une table près de la porte, m’a arrêté : « Tu lis le Sūtra du Diamant chez toi ? » À ce moment-là, je portais un petit exemplaire de ce sūtra dans la poche intérieure haute de ma veste. J’ai répondu : « Ah, je porte le Sūtra du Diamant sur moi », tout en le sortant. La moniale a dit : « Je ne parle pas du fait que tu le portes sur toi. Je dis que tu lis le Sūtra du Diamant, depuis au moins trois mois. » J’étais stupéfait : c’était la première fois que je rencontrais quelqu’un capable de parler ainsi. En effet, je lisais ce sūtra à cette époque. J’ai appelé mon fils, mon neveu et ma nièce qui m’accompagnaient. La vénérable moniale parlait peu, mais allait à l’essentiel, et tout ce qu’elle disait était très juste ; ils en ont été fort encouragés. De retour vers le soir, je suis allé de nouveau dans la grande salle. Une jeune femme était agenouillée devant le Bouddha et lisait le Sūtra de Kṣitigarbha ; la personne debout à la porte semblait être sa mère. J’ai appris qu’elles venaient du Nord-Est. Les paroles de la moniale à leur sujet avaient également été très justes ; la jeune femme avait donc pris la résolution de lire le Sūtra de Kṣitigarbha sur la montagne, même pendant son voyage. La vénérable moniale était d’une grande compassion. Elle nous conseillait inlassablement, nous éclairait sous tous les angles et nous demandait de bien pratiquer. Elle a aussi exhorté ma femme, parlant de sa vie quotidienne, de sa famille et de son travail, de ses vies passées comme de sa vie présente. Elle nous a offert de nombreux sūtras, des chapelets et des ornements. Ma femme en a été très émue et, à notre retour, a lu sérieusement le Sūtra de Kṣitigarbha pendant un certain temps. Avant de redescendre de la montagne, j’ai demandé à la moniale si des catastrophes ou des difficultés m’attendaient. Elle a pris un exemplaire du Sūtra de Kṣitigarbha et une image de Kṣitigarbha pour me les offrir, puis a dit : « Ne pose pas de questions. En semaine, tu dois travailler et tu n’as pas le temps ; alors, chaque samedi et chaque dimanche, lis chez toi le Sūtra de Kṣitigarbha en entier une fois, et tout ira bien. » Après mon retour, j’ai persévéré quelque temps, puis je me suis laissé aller. Mais chaque fois que je repensais à la voix, au visage et au sourire si bienveillants de la moniale, à ses exhortations et à ses recommandations répétées, j’éprouvais une profonde honte. Vers la seconde moitié de l’année dernière, j’ai donc recommencé à lire, presque régulièrement, le Sūtra de Kṣitigarbha en entier une fois chaque jour du week-end.
Pour revenir à mon histoire, quelques jours après avoir distribué des exemplaires des Lois inflexibles de l’au-delà et fait ce rêve, je m’étais quelque peu relâché dans ma pratique — mes habitudes tenaces étaient vraiment lourdes ! À plusieurs reprises, je n’avais pas lu le Sūtra de Kṣitigarbha alors que je devais le faire, mais je continuais l’office du matin que je m’étais fixé. Un soir, après m’être endormi, j’ai eu l’impression de descendre vers un endroit situé en bas et d’entrer dans une pièce. Une table de réunion rectangulaire s’y trouvait ; il semblait qu’une réunion était en cours. La personne assise au centre, devant moi, en était probablement le président ; elle ressemblait à l’agent auquel j’avais eu affaire dans le rêve précédent. Lorsque je suis entré, il avait toujours cette expression sévère, scrupuleuse, d’une impartialité inflexible. Il m’a demandé : « Pourquoi ne lis-tu plus les sūtras ces derniers temps ? » Dans un tel cadre, il me semblait impossible de ne pas dire spontanément la vérité : « Je n’ai pas lu le Sūtra de Kṣitigarbha les après-midi du week-end, mais le matin, je lis encore les Dix Grands Vœux de Samantabhadra et le Sūtra du Diamant. » Soudain, le visage de cet agent s’est éclairé d’un sourire radieux et joyeux, qui exprimait de la satisfaction. J’ai éprouvé une surprise immense : c’était si rare ! Dans mon souvenir, il était vraiment exceptionnel de voir une telle expression sur son visage, comme si le soleil apparaissait dans le ciel de la nuit. Parce que je lisais les sūtras bouddhiques, il montrait un sourire exprimant tant de satisfaction ! Je ne m’attendais pas à ce que la récitation des sūtras procure ici, aussitôt, un regard aussi favorable. Ensuite, il semble qu’il ait encore consulté les informations sur la diffusion des Lois inflexibles de l’au-delà ; dans l’ensemble, il paraissait plutôt satisfait.
Puisque je sentais que l’étude et la diffusion des Lois inflexibles de l’au-delà m’apportaient des bienfaits très concrets, directs et personnels, qu’aucune somme d’argent ne pouvait acheter, j’ai voulu que mes frères et sœurs l’étudient et le diffusent eux aussi, afin d’en recevoir ces rares bienfaits personnels qui ne s’achètent pas. Mais nous n’habitions pas tous au même endroit, et ce n’était pas facile. Je me suis donc dit que je donnerais des exemplaires à mes parents : lorsqu’ils iraient chez l’un de leurs enfants, ils pourraient en emporter quelques-uns. À cette époque, mes parents habitaient chez mon frère aîné. Un vendredi après-midi, un peu après quatorze heures, cette idée m’est venue et j’ai décidé d’aller les voir. J’ai pris le train pour une autre ville et suis arrivé chez mon frère aîné un peu après dix-huit heures. En entrant, j’ai été stupéfait : hormis ce frère, qui était sorti et n’était pas chez lui, tous les autres étaient réunis dans le salon. Quand j’ai demandé pourquoi, ils ont tous répondu : « Nous t’attendons ! » J’ai demandé au plus âgé de mes frères cadets : « Comment se fait-il que tu sois ici ? » — il ne travaillait pas dans cette ville. Il a répondu : « Une réunion devait avoir lieu cet après-midi, mais elle a été annulée au dernier moment, alors j’ai pris la voiture pour venir voir nos parents. » J’ai ensuite demandé à ma sœur cadette : « Pourquoi es-tu ici ? » Elle m’a dit : « Je suis sortie faire une démarche cet après-midi ; quand j’ai eu terminé, il était presque dix-sept heures. Je ne suis donc pas retournée au travail et suis venue voir nos parents. » Puis j’ai posé la même question à mon plus jeune frère. Il a répondu : « Pour la fête de Qingming, nos parents ne pouvaient pas retourner au pays natal. J’y suis allé et ne suis rentré que cet après-midi ; je suis d’abord passé les voir. » Nous, frères et sœurs, nous retrouvions rarement tous ensemble. Même lorsqu’un événement familial nous réunissait chez l’un d’entre nous, nous n’arrivions presque jamais tous dans un même créneau. Nous avons donc échangé quelques mots, chacun a reçu quelques exemplaires des Lois inflexibles de l’au-delà, puis tous sont repartis en hâte, car ils avaient des choses à faire chez eux et certains devaient même regagner une autre ville. Je me suis dit que, si les livres avaient finalement pu leur parvenir le plus vite possible, c’était certainement grâce aux bénédictions et à la puissance des bouddhas et des divinités du Ciel et de la Terre, après que j’eus eu l’idée de leur faire étudier et diffuser Les lois inflexibles de l’au-delà !
Quelques jours plus tard, ma sœur cadette m’a téléphoné à l’improviste pour me demander où était imprimé le livre Les lois inflexibles de l’au-delà : son fils voulait faire un don pour son impression. Il était en troisième année du collège chinois ; c’était un petit tyran très difficile à discipliner. Étonné, je lui ai demandé ce qui s’était passé. Ma sœur m’a dit : « Ce livre est vraiment très bon. À la maison, je le lisais seulement pour moi et ne l’avais pas donné à mon enfant. Mais je ne sais à quel moment il l’a lu de lui-même. Soudain, il m’a dit : “Maman, j’ai commis des fautes.” Je lui ai demandé ce qu’il avait, et il m’a répondu : “Autrefois, pour m’amuser, j’ai fait exprès de faire du mal à beaucoup de fourmis. Je veux donner tout mon argent pour faire imprimer Les lois inflexibles de l’au-delà. Je veux faire un vœu devant le Bouddha et prier les bouddhas et les bodhisattvas de bénir et de délivrer ces petits êtres vivants auxquels j’ai fait du mal.” » Ma sœur a poursuivi : « Ce livre a vraiment accompli un grand mérite et nous a énormément aidés ! Cet enfant indisciplinable a connu un grand changement ! » Mon jeune neveu était très intelligent, mais il agissait sans réfléchir, faisait des bêtises et était difficile à éduquer ; les adultes s’en arrachaient les cheveux. Il dépensait lui-même son argent et ne laissait même pas les adultes en contrôler l’usage. Or, cette fois, il avait spontanément pris cette résolution : il a rassemblé son argent et l’a entièrement donné, sans rien garder pour lui.
Le Saṃyukta Āgama donne cette comparaison : « Comme la terre sur un ongle, ainsi sont les êtres qui relèvent de la voie humaine. Comme la terre qui couvre le vaste sol, ainsi sont ceux qui ne sont pas humains. » Le Sūtra du Nirvāṇa raconte aussi qu’un jour, le Bouddha a pris un tout petit peu de poussière sur le sol et demandé au vénérable Kāśyapa : « Y a-t-il davantage de poussière dans ma main, ou davantage de terre sur les sols des mondes des dix directions ? » Le vénérable Kāśyapa a répondu : « Il y a bien sûr davantage de terre sur les sols des mondes des dix directions. » Le Bouddha a dit : « Ceux qui obtiennent un corps humain et pratiquent le bien sont aussi rares que la poussière dans ma main ; ceux qui n’obtiennent pas un corps humain et accomplissent des actes mauvais sont aussi nombreux que la terre des mondes des dix directions. » En outre, les sūtras disent aussi : « Ceux qui obtiennent un corps humain sont comme la terre sur un ongle ; ceux qui perdent le corps humain sont comme la terre qui couvre le vaste sol. » Depuis des temps sans commencement, nous avons réellement accumulé un karma incommensurable qui conduit aux enfers. À mon avis, celui qui refuse de regarder ce problème en face n’a pas l’esprit lucide. Le livre Les lois inflexibles de l’au-delà n’est pas, comme d’autres livres, un ouvrage rédigé par quelqu’un qui aurait largement rassemblé des documents, et il est encore moins une création de quelqu’un. Notre respectable sœur de pratique Shangguan Yuhua n’en est que la narratrice, la narratrice des faits : elle accomplit une tâche. Ces faits saisissants nous révèlent la portée concrète, l’urgence et l’importance de pratiquer le bien, de garder les préceptes et de cultiver le Dharma bouddhique. 68
Enfin, certaines personnes n’acceptent pas que le livre Les lois inflexibles de l’au-delà dise : « La Vierge Marie est une manifestation du bodhisattva Avalokiteśvara », ou : « La forme sous laquelle j’ai vu le bodhisattva se manifester était celle, pleine de compassion, de la Vierge Marie du catholicisme. Le magistrat de l’au-delà a dit que la Vierge Marie est en réalité l’une des manifestations d’Avalokiteśvara. » Elles disent même : « C’est faux. » Pour ma part, je pense que notre sœur de pratique Shangguan Yuhua raconte les faits qu’elle a vécus. Elle ne s’est pas trompée ; c’est vous qui ne comprenez pas. Le Sūtra du Diamant dit : « Subhūti, qu’en penses-tu ? Peut-on voir le Tathāgata à ses marques corporelles ? » « Non, Bienheureux ! On ne peut voir le Tathāgata à ses marques corporelles. Pourquoi ? Parce que les marques corporelles dont parle le Tathāgata ne sont pas des marques corporelles. » Le Bouddha dit à Subhūti : « Toutes les marques sont illusoires. Si l’on voit que toutes les marques ne sont pas des marques, alors on voit le Tathāgata. » Il dit aussi : « Subhūti, qu’en penses-tu ? Peut-on voir le Bouddha à la perfection de son corps matériel ? » « Non, Bienheureux ! On ne doit pas voir le Tathāgata à la perfection de son corps matériel. Pourquoi ? Parce que, dit le Tathāgata, la perfection du corps matériel n’est pas la perfection du corps matériel ; c’est pourquoi on l’appelle perfection du corps matériel. » « Subhūti, qu’en penses-tu ? Peut-on voir le Tathāgata à l’ensemble parfait de ses marques ? » « Non, Bienheureux ! On ne doit pas voir le Tathāgata à l’ensemble parfait de ses marques. Pourquoi ? Parce que, dit le Tathāgata, la perfection de toutes les marques n’est pas une perfection ; c’est pourquoi on l’appelle perfection de toutes les marques. » Et encore : « Celui qui me voit par la forme et me cherche par le son suit une voie déviante et ne peut voir le Tathāgata. » Sous quelle forme corporelle, dites-vous, le Bouddha devrait-il se manifester, et sous quelle forme ne devrait-il pas le faire ? Quelle manifestation corporelle serait donc celle du Bouddha ? C’est votre propre esprit qui porte les conceptions d’un moi et d’autrui, et vos sentiments qui s’attachent au moi et à autrui. Vous saisissez les apparences et établissez des distinctions entre les innombrables phénomènes du monde, prenez l’illusoire pour le réel et le faux pour l’existant, et faites naître une vue extrême d’anéantissement. Comment pouvez-vous alors trancher arbitrairement en affirmant que les pouvoirs spirituels et la sagesse des bouddhas et des bodhisattvas, parfaitement accomplis et entièrement libres à l’égard de tous les phénomènes, ne se manifesteraient pas sous telle ou telle forme ? 68
Le chapitre de la Porte universelle du bodhisattva Avalokiteśvara, dans le Sūtra du Lotus du Dharma merveilleux, dit clairement : « Le Bouddha dit au bodhisattva de l’Intention Inépuisable : “Fils de bien ! Si, dans un pays, des êtres doivent être délivrés par la forme d’un bouddha, le bodhisattva Avalokiteśvara prend aussitôt la forme d’un bouddha et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un pratyekabuddha, il prend aussitôt la forme d’un pratyekabuddha et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un auditeur, il prend aussitôt la forme d’un auditeur et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme du roi Brahmā, il prend aussitôt la forme du roi Brahmā et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme de Śakra, il prend aussitôt la forme de Śakra et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme du dieu de la Souveraineté, il prend aussitôt la forme du dieu de la Souveraineté et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme du dieu de la Grande Souveraineté, il prend aussitôt la forme du dieu de la Grande Souveraineté et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un grand général céleste, il prend aussitôt la forme d’un grand général céleste et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme de Vaiśravaṇa, il prend aussitôt la forme de Vaiśravaṇa et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un roi d’un petit royaume, il prend aussitôt la forme d’un roi d’un petit royaume et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un notable, il prend aussitôt la forme d’un notable et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un laïc, il prend aussitôt la forme d’un laïc et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un fonctionnaire, il prend aussitôt la forme d’un fonctionnaire et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un brahmane, il prend aussitôt la forme d’un brahmane et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un moine, d’une nonne, d’un fidèle laïc ou d’une fidèle laïque, il prend aussitôt la forme d’un moine, d’une nonne, d’un fidèle laïc ou d’une fidèle laïque et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un notable, d’un laïc, d’un fonctionnaire, d’un brahmane ou d’une femme, il prend aussitôt la forme d’une femme et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un jeune garçon ou d’une jeune fille, il prend aussitôt la forme d’un jeune garçon ou d’une jeune fille et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme d’un être céleste, d’un dragon, d’un yakṣa, d’un gandharva, d’un asura, d’un garuḍa, d’un kiṃnara, d’un mahoraga, d’un humain, d’un non-humain ou d’autres êtres, il prend toutes ces formes et leur expose le Dharma. Pour ceux qui doivent être délivrés par la forme du dieu porteur du vajra, il prend aussitôt la forme du dieu porteur du vajra et leur expose le Dharma.” » On voit ainsi que les bouddhas et les bodhisattvas se manifestent et exposent le Dharma entièrement en fonction de la situation des êtres : ils prennent la forme par laquelle ces êtres doivent être délivrés, et les délivrent sous cette forme. Il n’existe aucune apparence fixe à laquelle s’attacher ! Ainsi, pour ceux qui doivent être délivrés par la forme de la Vierge Marie, ils prennent cette forme et leur exposent le Dharma. Comment les bouddhas et les bodhisattvas, dans leur immense compassion et leur immense impartialité, pourraient-ils abandonner certains êtres ? Aucune des six voies d’existence n’est exclue ; comment pourrait-on alors exclure une religion du monde humain ?! Existe-t-il une forme que les pouvoirs spirituels et la sagesse des bouddhas et des bodhisattvas, parfaitement accomplis et entièrement libres, ne puissent manifester en réponse à l’esprit des êtres ? Réfléchissez-y attentivement ! Ne vous méprenez pas sur le cœur du Bouddha à cause de votre propre manque d’impartialité envers les êtres ! N’interprétez pas arbitrairement le cœur du Bouddha à travers votre propre attachement aux apparences, votre poursuite des objets d’attachement et votre esprit qui distingue le moi d’autrui ! 68
Gratitude aux bouddhas et aux bodhisattvas !
Gratitude au Ciel, à la Terre, aux esprits et aux divinités !