Je remercie joyeusement le magistrat de l’au-delà et nous nous envolons vers le monde céleste. Quand nous atteignons environ 6 000 mètres au-dessus du sol du monde humain, je ressens déjà une pureté et une paix évidentes. Je vois des êtres célestes voler, ainsi que des palais et des maisons. Ces bâtiments rayonnent de lumière ; ils sont magnifiques, contrairement aux maisons humaines, dépourvues de cet éclat.
Nous arrivons à l’entrée d’un grand palais. Au-dessus de la porte sont inscrits trois grands caractères : « 帝释天 » (Di Shi Tian). Deux généraux célestes, imposants et majestueux, tiennent des armes. Ils semblent nous connaître tous les deux et nous accueillent avec des sourires courtois. Le magistrat leur dit que nous souhaitons voir l’Empereur céleste. Ils répondent qu’il vient de donner ses instructions : si nous arrivons, inutile de le prévenir, nous pouvons entrer directement. Les deux généraux se placent de chaque côté, la porte s’ouvre d’elle-même et nous entrons.
Ce palais est non seulement immense, mais aussi particulièrement majestueux et étincelant. J’aperçois des femmes célestes : toutes sont belles et d’une allure extraordinaire. Même la plus belle Miss Monde perdrait aussitôt tout son éclat ici. Le corps des êtres célestes naît lui aussi par transformation, mais l’impression qu’ils donnent est tout autre que celle des êtres de la voie des enfers. Ils sont libres et détendus ; tous paraissent heureux. Dans le monde céleste, il n’y a aucune souffrance. Leurs vêtements légers flottent et ne portent aucune trace de couture : ce sont vraiment des habits célestes sans coutures. En arrivant dans ce monde, je trouve le monde humain terriblement souillé ; quand je vais dans les enfers, je trouve au contraire le monde humain merveilleux. Nous, les humains, devons donc toujours chercher à nous élever : plus on monte, plus tout est pur ; plus on descend, plus la souffrance est grande.
Une femme céleste vient nous guider : le palais est vraiment très vaste. Une grande salle resplendissante d’or et de couleurs apparaît devant nous. Nous y entrons. La femme céleste annonce à l’Empereur céleste que le magistrat des enfers et Shangguan Yuhua, une femme du peuple venue du monde des vivants, viennent lui rendre hommage.
Celui qui siège tout en haut, au centre de la grande salle, est l’Empereur céleste. Il a une apparence majestueuse et bienveillante. Il porte une couronne chinoise à l’ancienne, de forme rectangulaire, avec des pendeloques à l’avant et à l’arrière. Son visage inspire le respect dès qu’on le regarde ! Ses vêtements émettent une douce lumière de sept couleurs. Ces couleurs ne blessent nullement les yeux ; elles ont au contraire de la profondeur et du relief, et leur vue procure une sensation de liberté et de détente. La lumière qui émane de son cœur peut envelopper tout le monde céleste.
Le magistrat de l’au-delà salue l’Empereur céleste selon le cérémonial. Moi aussi, je m’agenouille dans la grande salle et m’incline devant lui. Sa voix bienveillante s’élève alors : « Shangguan Yuhua, relève-toi. Tu souhaites savoir ce que je pense de la rédaction des Lois inflexibles de l’au-delà par l’administration de l’au-delà, n’est-ce pas ? »
Les couleurs de ses vêtements changent ! Il y a un instant, ils étaient de sept couleurs ; les voici maintenant blancs, blanc cassé, vert pâle et jaune doré. Des habits célestes sans coutures font déjà gagner beaucoup de temps de coupe, et voilà qu’ils peuvent en plus changer selon la volonté de celui qui les porte. C’est incroyable !
Je réponds : « Oui ! Moi, humble femme du peuple, je voudrais demander à l’Empereur céleste ce qui a motivé la rédaction des Lois inflexibles de l’au-delà. »
L’Empereur céleste dit avec émotion : « Parmi les êtres du monde humain et des trois voies inférieures, une très petite partie se compose de bouddhas et de bodhisattvas venus d’autres terres et descendus dans le monde humain en accomplissement de leurs vœux, pour sauver les êtres souffrants avec lesquels ils ont une affinité. Hormis ceux-là, tous les êtres situés en dessous du monde céleste sont mes sujets. Depuis qu’ils sont tombés dans le monde humain, les renaissances successives et la corruption de leurs habitudes les ont toujours davantage éloignés du monde céleste. Ceux qui réussissent à retourner dans leur patrie céleste sont de moins en moins nombreux. Les pensées malsaines que les êtres humains produisent chaque jour ont déjà gravement détérioré le milieu de vie du monde céleste et terni mon palais. Ces dernières années, les cœurs ont changé soudainement et très vite. Les gens méprisent les lois de cause à effet et considèrent l’inconduite sexuelle comme une pratique à la mode. Il en résulte un souffle sexuel extrêmement pervers qui s’élance jusqu’aux nuages comme une épée acérée, tandis qu’une vapeur empoisonnée enveloppe le monde céleste. Si cela continue, tous les êtres humains tomberont bientôt dans les enfers.
Alors que je réfléchissais à la manière de résoudre cette grande catastrophe humaine, l’Empereur de Fengdu m’a envoyé un document officiel urgent de l’au-delà en sollicitant ma décision. Il m’informait que les enfers étaient déjà bondés et que le personnel manquait gravement. Il avait donc décidé de révéler les secrets célestes et souhaitait trouver une personne vivante appropriée qui visiterait les enfers, puis rédigerait un livre intitulé Les lois inflexibles de l’au-delà et le diffuserait parmi les humains, afin de redresser les mœurs et de purifier les cœurs. J’ai alors demandé au Bouddha, dont les mérites et la sagesse sont parfaits, de me trouver une personne vivante pratiquant la Voie et convenant à cette mission. Elle devait visiter les enfers en restant pleinement consciente, puis revenir dans le monde humain pour écrire ce qu’elle aurait réellement vu et entendu. Tu dois donc bien assumer cette mission sacrée que je t’ai confiée et ne pas me décevoir !