Exposés au soleil et à la pluie, les paysans peinent tant pour faire pousser patiemment et soigneusement les aliments. Nous devons leur être reconnaissants pour leur dur labeur !
Chacun vient au monde et prend naissance en tant qu’humain à partir de la semence du père et du sang de la mère. Dans l’enfance, il nous suffit à tous de tendre les bras pour être habillés et d’ouvrir la bouche pour être nourris ; nous devons donc être reconnaissants envers nos parents pour les soins avec lesquels ils nous ont élevés. Nous devons aussi chérir les bénédictions que nous avons progressivement accumulées dans nos vies passées en faisant des dons, en observant les préceptes et en accomplissant de bonnes actions. Quant aux personnes dont les bénédictions sont insuffisantes, par exemple en Afrique, en Éthiopie, au Congo, dans les régions reculées, peu peuplées et sous-développées de Chine, ainsi que dans d’autres pays pauvres, elles manquent cruellement de nourriture. Beaucoup d’adultes et d’enfants meurent de faim, ou sont tellement affamés qu’ils ont le teint jaune et le corps décharné. Ils souffrent aussi de graves carences nutritionnelles et doivent attendre l’aide d’autrui. Parfois, ils meurent de faim avant même que cette aide n’arrive ! 153
Lorsque chacun prend naissance dans le monde humain, tout est déjà fixé : la quantité de nourriture qu’il mangera et de vêtements qu’il portera, sa taille et sa corpulence, son rang élevé ou humble, ses catastrophes, ses biens, le moment où sa vie prendra fin, et ainsi de suite. Ainsi, chaque bouchée de nourriture que nous mangeons représente aussi une part des bénédictions qui nous sont destinées dans cette vie ; il nous reste alors une occasion de moins d’en jouir pendant le reste de notre existence. Les personnes ordinaires du monde des vivants ne peuvent se libérer de ce karma fixé. Seules deux sortes de personnes peuvent influer sur lui : celles d’une grande bonté et celles d’une grande malfaisance.
Les personnes d’une grande bonté se divisent en deux catégories. La première comprend les bouddhas et les bodhisattvas qui, par compassion et en vertu de leurs vœux, reviennent ici : ce sont des êtres accomplis qui guident les êtres sensibles du monde humain vers la délivrance. Les bouddhas et les bodhisattvas sont libres d’aller et venir, sans être entravés par un karma fixé. Parfois, pour guider davantage d’êtres humains avec lesquels ils ont une affinité karmique, ces êtres accomplis manifestent délibérément toutes sortes d’épreuves afin d’enseigner le Dharma par leur propre exemple et de guider le plus grand nombre. En réalité, ces épreuves ne peuvent en rien entraver leur esprit ; seuls les êtres ordinaires se laissent égarer par les cinq désirs du monde humain et les situations où règnent les afflictions. La seconde catégorie comprend des êtres ordinaires qui possèdent un cœur de grande bienveillance et de grande compassion, et qui ne cessent d’accumuler de grandes bénédictions et des vertus cachées. Ces personnes de bien peuvent elles aussi briser les chaînes du destin et s’élever directement. Quant aux personnes d’une grande malfaisance, le poids excessif de leur mauvais karma les fait également descendre directement dans les enfers. Nous devons donc consommer toute nourriture avec humilité. La nourriture sert seulement à nourrir notre corps matériel, et ce corps est un outil qui nous aide à pratiquer la Voie. Nous ne devons pas accorder trop d’importance à la nourriture, au point de nous abaisser à devenir les esclaves des mets délicieux et à nous laisser mener par eux. Nous ne devons pas non plus gaspiller la nourriture, ce qui reviendrait à dilapider les cinq céréales.
Autrefois, il existait dans l’au-delà un petit enfer de la Faim. Ceux qui y tombaient pour subir un châtiment étaient des personnes de familles riches et puissantes, des épouses d’hommes riches ou des commerçants qui, dans le monde des vivants, avaient joui de bénédictions relativement grandes. Forts de ces bénédictions, ils gaspillaient et dilapidaient les céréales à leur guise ; à leur mort, ils tombaient dans l’enfer de la Faim. Ceux qui avaient de l’argent mais refusaient d’en donner aux mendiants et aux pauvres y tombaient eux aussi à leur mort pour y être punis. On faisait ainsi endurer aux esprits coupables toutes les souffrances de la faim pour leur faire éprouver combien les céréales étaient précieuses, et pour éliminer aussi leur avidité et leur avarice. Autrefois, les peines prononcées dans l’enfer de la Faim étaient toutes très courtes : elles commençaient à trois ans, et la plus longue était de cinquante ans. Mais peu de personnes y tombaient, et la plupart étaient des personnes riches et âgées.
Actuellement, au sud de l’au-delà, se trouve une zone dite de l’« enfer de la Nature spirituelle ». Elle comprend un grand enfer nommé “Récolte abondante des cinq céréales”. Dans cet enfer, la majorité des esprits sont des jeunes. On y trouve toutes sortes d’aliments gaspillés, accumulés en une quantité telle qu’ils ressemblent à des chaînes de montagnes sans fin. Autrefois, ceux qui gaspillaient la nourriture étaient, à leur mort, condamnés à souffrir de la faim par les lois de l’au-delà. Aujourd’hui, les êtres qui gaspillent la nourriture subiront à leur mort la rétribution de l’enfer de la Récolte abondante des cinq céréales. Tous les aliments gaspillés dans le monde des vivants sont consignés par les divinités nées avec chaque être. À leur mort, une fois arrivés dans cet enfer, ces êtres doivent reprendre et finir, un par un, tous les aliments qu’ils ont gaspillés de leur vivant. Dans le monde des vivants, beaucoup de jeunes aiment acheter sans cesse de grandes quantités de nourriture, puis jettent ce qu’ils ne peuvent pas finir. Les lois de l’au-delà font subir aux esprits coupables un châtiment destiné à leur faire comprendre que, s’ils ne peuvent pas tout manger, ils ne doivent pas acheter pour gaspiller. Puisqu’ils ont acheté ces aliments, ceux-ci font partie de leurs bénédictions : ils doivent les finir. Ayu, suivez-moi, je vais maintenant vous faire visiter cet enfer. »
Je perçois déjà une odeur aigre, une puanteur de nourriture et une odeur de vomi ; j’entends des vomissements et des toux. Puis j’aperçois les grands caractères de l’inscription « Enfer de la Récolte abondante des cinq céréales ». Cet enfer est gigantesque, lui aussi ! La récolte des cinq céréales y est vraiment abondante : il y a tant de nourriture qu’on ne peut en voir le bout d’un seul regard. Elle forme comme des montagnes et des vallées, et c’est très effrayant ! Il y a d’innombrables plats de riz, des mets, des biscuits et bien d’autres choses, en grands et petits paquets. Les aliments sont si nombreux et si variés qu’il est impossible de tous les énumérer. Il y a également de l’eau et des boissons, toutes contenues dans des seaux.
Le magistrat explique que chaque esprit coupable dispose de sa propre zone de nourriture. Chacune contient les aliments que cet esprit avait gaspillés de son vivant, sans la moindre erreur. Je vois beaucoup de jeunes dans l’enfer de la Récolte abondante des cinq céréales. Le magistrat précise qu’en plus des actes qui leur avaient valu d’être condamnés à cet enfer, ils avaient commis d’autres fautes, notamment des inconduites sexuelles.
Allons maintenant interroger ce jeune esprit féminin, là-bas ! La nourriture qui occupe sa vaste zone est déjà terrifiante à voir ; je me demande en quelle année et en quel mois elle pourra finir de tout manger. La jeune femme a encore des traits assez délicats. Elle est en train de vomir péniblement !
« Amitābha ! Comment vous sentez-vous ? Pouvez-vous me dire pourquoi vous êtes arrivée ici ? »