« Dans le monde humain, j’ai entendu dire que Kṣitigarbha avait trois manifestations : une dans les enfers, une dans le monde humain et une dans les cieux. Est-ce bien ainsi ? »
Le magistrat de l’au-delà dit : « Kṣitigarbha est un grand bodhisattva qui a prononcé ce vaste vœu : “Tant que les enfers ne seront pas vides, je fais le serment de ne pas devenir bouddha.” Bien que les enfers ne soient pas encore vides, ses mérites sont en réalité déjà accomplis. Le bodhisattva ne délivre pas seulement les êtres des enfers, du monde humain et des mondes célestes : il envoie aussi des émanations dans les enfers d’autres mondes pour délivrer les êtres souffrants. Ces autres enfers doivent eux aussi être vidés de leurs êtres par la délivrance. Le bodhisattva envoie également des émanations pour délivrer les êtres d’autres espaces et d’autres temps. Ses émanations ne sont pas seulement au nombre de trois : elles se comptent par milliers, millions et centaines de millions. Chacune se rend dans un monde différent pour délivrer tous les êtres sensibles. Kṣitigarbha a une affinité particulière avec les êtres du monde humain, car ceux-ci constituent la majorité des êtres qui tombent en enfer. Nous devons donc être reconnaissants au bodhisattva pour son enseignement compatissant. 126
Il existe de nombreuses manifestations incarnées de Kṣitigarbha dans le monde humain. Certaines viennent de naître et n’ont pas encore trois ans ; d’autres sont encore à l’école ; d’autres sont déjà adultes. À l’avenir, elles œuvreront discrètement pour perpétuer la vie de sagesse du Bouddha et guideront tous les êtres sensibles vers la délivrance, au gré des affinités et des circonstances. Certaines manifestations de Kṣitigarbha guident les êtres discrètement toute leur vie, sans que personne sache qui elles sont. D’autres établissent des lieux de pratique et propagent le Dharma authentique. Quelle que soit leur manière d’agir, tout cela relève des dispositions invisibles du bodhisattva.
Il se peut que, tout près de nous, une manifestation de Kṣitigarbha nous influence peu à peu par son exemple et nous apprenne discrètement à corriger nos défauts de caractère. Seulement, nous sommes incapables de reconnaître le bodhisattva et le prenons pour une personne ordinaire ; lui non plus ne révèle pas son identité. Nous devons apprendre de Kṣitigarbha à former de vastes aspirations. Le bodhisattva a fait le vœu de délivrer les êtres et, à partir de ce vœu, il est passé à l’action. Son cœur embrasse donc les dix directions, et ses vœux s’étendent eux aussi à l’espace et à tout le domaine du Dharma dans les dix directions. Même si l’espace venait à prendre fin, les vœux du bodhisattva n’auraient pas de fin. Par exemple, si nous faisons une fois le vœu de donner aux mendiants, le vœu n’est prononcé qu’une fois, mais les actes de don seront innombrables, vie après vie. Dans votre cœur demeurera ainsi, vie après vie, la semence du don aux mendiants. Le vœu est unique, les actes sont multiples. Si, une seule fois, vous rencontrez un mendiant sans lui donner, vous allez à l’encontre de la force de votre vœu. Nous devons apprendre de Kṣitigarbha à former le vœu bénéfique de délivrer les êtres. À chaque instant de pensée, le bodhisattva met ses vœux en pratique. Mettre ses vœux en pratique à chaque instant conduit à des accomplissements répétés ; ces accomplissements répétés font naître des pouvoirs spirituels. Plus on délivre d’êtres, plus les pouvoirs spirituels sont grands, et plus la force des bénédictions et des mérites est grande. Si l’on délivre les êtres sans interruption, à chaque instant de pensée, les pouvoirs spirituels deviennent eux aussi incommensurables et sans limites. Grâce à ces pouvoirs surnaturels incommensurables et sans limites, on peut émaner des corps en nombre incommensurable et sans limites, pour aller délivrer les êtres dans des mondes en nombre incommensurable et sans limites.
Dans nos enfers, les manifestations de Kṣitigarbha sont encore plus nombreuses. La dernière fois, tu as visité la salle des assemblées du Dharma Mingguang Chuzhuan. Chaque jour, le matin, à midi et le soir, Kṣitigarbha enseigne le Dharma dans les enfers, soit trois fois par jour. Après avoir entendu le Dharma, les racines de bien des esprits condamnés commencent à germer, et cette germination fait naître le repentir dans leur cœur. Dès qu’ils se repentent, Kṣitigarbha les fait sortir des enfers. Dans certains cas, si les bénédictions karmiques d’un esprit condamné sont suffisantes, Kṣitigarbha fait apparaître une émanation à ses côtés pour le guider vers la délivrance. C’est l’une des méthodes par lesquelles Kṣitigarbha délivre les êtres dans les enfers. Chaque jour, il réussit à en faire sortir d’innombrables esprits condamnés. Sans le secours de Kṣitigarbha, qui sait combien de fois plus nombreux seraient les êtres souffrants des enfers.
Une autre manière consiste, pour Kṣitigarbha, à organiser le secours des proches défunts selon le degré de piété filiale de leurs descendants. Ainsi, dans le monde des vivants, les descendants récitent le Sūtra de Kṣitigarbha, invoquent son nom, rendent hommage aux bouddhas, se prosternent devant eux, leur font des offrandes, libèrent des animaux, impriment des sūtras bouddhiques et des livres de vertu pour exhorter les gens à se transformer, viennent en aide aux personnes seules, aux veuves et aux pauvres, et accomplissent toutes sortes de bonnes actions qui guident autrui vers le bien et permettent d’accumuler des mérites. Lorsqu’ils dédient la force de ces mérites à leurs ancêtres qui se trouvent dans les enfers, le bodhisattva prend les dispositions nécessaires pour délivrer ces esprits condamnés et les faire sortir des enfers.
Kṣitigarbha examine également si les causes et les conditions permettant de délivrer les esprits condamnés eux-mêmes sont toutes réunies. Certains n’ont ni proches ni descendants qui accomplissent de bonnes actions pour les aider à être délivrés, mais ils possèdent des racines de bien, des bénédictions, des mérites et des affinités issus de leurs vies passées. Ainsi, beaucoup de religieux ont enfreint les préceptes et sont tombés dans les enfers, mais ils ont aussi connu des périodes où ils observaient les préceptes avec pureté et pratiquaient le bien. Certains, dans une vie passée, ont un jour porté sur Kṣitigarbha un regard de vénération, ou l’ont écouté, ne serait-ce qu’un instant, l’esprit apaisé, sans intention particulière, ou encore ont récité son saint nom. Le bodhisattva vient de lui-même guider ces êtres vers la délivrance, sans attendre qu’on l’y invite. »
Je dis : « Alors, allons visiter aujourd’hui l’enfer Avīci, dont le seul nom effraie tout le monde ! Je me demande si Kṣitigarbha s’y rendra aujourd’hui. »
Le magistrat de l’au-delà dit : « Kṣitigarbha se rend dans chacun des enfers. Ayu, puisque tu n’as pas encore visité l’enfer Avīci, suis-moi ! »
Il faut emprunter plusieurs passages pour atteindre l’enfer Avīci. Tout au long du trajet, on entend déjà sans cesse toutes sortes de hurlements de douleur. Les enfers sont emplis d’une tristesse, d’une peur et d’une souffrance extrêmes. Je comprends maintenant pourquoi, avant même que je commence à écrire Les lois inflexibles de l’au-delà, le bodhisattva m’avait demandé de pratiquer avec sérieux et assiduité : quiconque aurait un peu moins de force de concentration serait submergé par le puissant champ magnétique négatif des enfers. Ce n’est vraiment pas un endroit où un être humain devrait venir. Puissent les êtres qui souffrent dans les enfers s’en élever au plus vite ! Sans le soutien de la puissance du Bouddha qui m’enveloppe, même si je n’étais pas submergée, je perdrais une grande partie de mon souffle vital originel. Gratitude pour le soutien de la puissance du Bouddha ! Je dois absolument bien accomplir ce travail pour reconnaître sa bienveillance et ses bienfaits ! 127